Au soir de l’incendie qui a embrasé Notre-Dame, l’effondrement de la charpente a entraîné la chute d’une partie des voûtes, encombrant la partie orientale de la nef et le bras nord et la croisée du transept. Parmi les vestiges enchevêtrés, on trouve d’importants amas de bois d’œuvre, issus de la charpente et de la flèche, mais aussi d’éléments métalliques provenant de la charpente et de la couverture (feuille de plomb, décors de fonte…).

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La toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris après l'incendie © ALEXIS KOMENDA / C2RMF / MINISTÈRE DE LA CULTURE

Pour préserver ces vestiges fondamentaux pour les études et la restauration à venir, mais aussi pour la compréhension de l’édifice et pour de futures recherches, un protocole de tri méthodique a été élaboré dès le 25 avril par le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) et le service régional de l’archéologie (SRA) de la Direction générale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France.  

Un rassemblement de spécialistes

Les lieux n’étant pas accessibles pour des raisons de sécurité, le tri a commencé dans des conditions difficiles, avec l’aide de robots télécommandés et d’un archéodendromètre, grâce à l’aide d'agents de l’Institut nationale de recherches archéologiques préventives (INRAP) et des photographes du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF).

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Les robots déblaient les gravats © PIERRE NOËL / MINISTÈRE DE LA CULTURE

Une étape essentielle pour la connaissance ; relever et localiser les vestiges

Une nouvelle étape de prélèvement a débuté en juillet 2019. L’objectif : traiter l’amas présent dans la partie orientale de la nef où se trouvent majoritairement des bois de la charpente du XIIIe siècle. Le tri s’appuie sur une technique performante : le relevé ortho-photogrammétrique (relevés en 2D ou en 3D à partir de photographies numériques redressées). Ce relevé systématique permet de documenter la position de chaque pièce de bois. 

Parallèlement, les bois encore présents sur les voûtes sont eux aussi triés et descendus à l’aide de cordistes. Depuis février 2020, un plancher a été progressivement mis en place au niveau de la partie extérieure des voûtes du chœur et de la nef. Il facilite la poursuite du tri et l’évacuation de ces zones très fragilisées. Dans des conditions d’interventions difficiles, le prélèvement sera réalisé grâce à des appareils de traitement photogrammétrique avec l’aide de l’unité mixte de recherche « Modèles et simulations pour l’Architecture et le Patrimoine » (MAP) du ministère de la Culture et du CNRS.  

Tout ce qui est récupéré a été conservé, localisé, identifié, inventorié et stocké sur palettes sous les pavillons installés sur le parvis, en attendant un lieu plus pérenne de conservation.

Le chantier sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris
Elements retrouvés dans les gravats
Le chantier sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris © ALEXIS KOMENDA / C2RMF / MINISTÈRE DE LA CULTURE
Elements retrouvés dans les gravats © DAVID BORDES / MINISTÈRE DE LA CULTURE

Les opérations de tri permettent de distinguer trois catégories d’éléments :

- les éléments d’architecture, sélectionnés par les architectes en chef des monuments historiques pour être réemployés dans la restauration ou utilisés pour la documenter (175 palettes de pierres et d’éléments métalliques)

les vestiges, susceptibles de présenter un intérêt pour la recherche ou pour une utilisation muséographique future (530 palettes de pierre et de métal et plus de 3000 pièces de bois provenant exclusivement des amas du sol ; les bois provenant des extrados des voûtes n'ont pas encore été inventoriés); 

les déchets, sans intérêt pour la restauration ni pour la recherche, qui seront évacués, stockés et, à terme, éliminés.

Quelles destinées pour les vestiges? 

De nouveaux lieux de stockage seront aménagés en 2020 par l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L’objectif est de permettre la poursuite du chantier et l’aménagement du parvis de la cathédrale.

Dans le cadre du chantier scientifique, des conventions de dépôt seront établies par l’État (DRAC) avec les laboratoires scientifiques désireux de poursuivre les études et analyses de ces vestiges. Car si elle constitue une perte irréparable, la chute de la charpente ouvre la voie à de nouvelles recherches, impossibles à réaliser sur des bois en œuvre. Les marques de travail sur les pierres, la provenance des plombs, la nature des mortiers utilisés permettront d’accroître la connaissance sur la cathédrale et les conditions de sa construction.