De l’orgue classique à l’orgue symphonique

ivn00_06750194nuc1.jpgOrgues et rose ouest vues des tribunes en 2005 © ministère de la culture / Philippe Fortin 

Dès 1198, l’utilisation d’un orgue est attestée dans la cathédrale. En 1403, sur la même tribune que celle qui accueille l’instrument actuel, un grand orgue gothique est érigé par le facteur d’orgues Frédéric Schambantz. Cet orgue connaît une longévité exceptionnelle : complété en 1610 d’un positif par Valéran de Héman (1584-1641) puis de deux autres claviers au cours du XVIIe siècle, ce grand plein-jeu médiéval, dit Blockwerk, sonnera jusqu’à son démontage en 1730, soit durant plus de trois siècles.

Entre 1730 et 1733, François Thierry (1677-1749) reconstruit l’orgue dans une esthétique classique dans un buffet majestueux, tout en conservant le positif de 1610. En 1784, François Henri Clicquot (1732-1790), renouvelle le positif de dos ainsi que tous les jeux d’anches.

Jusqu’ici témoin de la facture d’orgue classique, un très grand instrument symphonique est conçu, dans le buffet monumental du XVIIIe siècle, par Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899), facteur d’orgues majeur pour le XIXe siècle tant par l’ampleur et le nombre de ses œuvres que par ses inventions techniques. La reconstruction prend place dans le grand chantier dirigé par l’architecte Viollet-le-Duc, et présentée en 1867 à l’Exposition universelle de Paris. L’orgue est inauguré en 1868.

 

Les organistes : Depuis l'origine, cinquante organistes titulaires se sont succédés à la tribune, en charge de l'accompagnement liturgique et de l'animation culturelle. Parmi les plus célèbres, Louis-Claude Daquin (1694-1772), Claude Balbastre (1724-1799) qui tient l’orgue pendant la Révolution, Louis Vierne (1900-1937), Pierre Cochereau (1955-1984). A la mort de ce dernier, le desservant affectataire de la cathédrale Notre-Dame de Paris renoue un temps avec la tradition du service dit « par quartier» mise en place de 1755 à 1793. Ainsi quatre organistes titulaires sont nommés pour jouer par roulement jusqu’en 1990. Les titulaires en 2019 étaient au nombre de trois.

 

Les évolutions du XXe siècle

Des modifications ont lieu tout au long du XXe siècle : déjà remanié en 1902 par Charles Mutin, à la demande de Louis Vierne, l’instrument de Cavaillé-Coll est plus profondément transformé entre 1959 et 1975, pour répondre aux souhaits de Pierre Cochereau, d’abord par Jean Hermann puis par Robert Boisseau, avec l’électrification de la traction des notes et des jeux, le remplacement de la console, la réharmonisation de certaines séries de tuyaux et la pose de nouveaux jeux, dont des pleins-jeux et des anches en chamade.

Les travaux d’investissement sont financés par l’État maître d’ouvrage, le desservant affectataire prend à sa charge l’entretien et l’accord de l’orgue, interventions nécessaires du fait de l’usage important de l’instrument tant pour l’usage cultuel que l’usage culturel.

Entre 1990 et 1992, prend place une importante restauration de l’orgue symphonique de Cavaillé-Coll tout en conservant les éléments des XVIIe et XVIIIe siècles. L’orgue est doté d’un prototype, le système Synaptel, spécialement développé pour mettre en place une traction numérique qui permet de capter, numériser, transmettre et mémoriser le jeu de l'organiste pour commander en temps réel la production du son. Chantier majeur, cet orgue augmenté informatiquement est inauguré le 4 décembre 1992 en présence du Ministre de la Culture.

 

Initiée à l’occasion des 850 ans de la cathédrale (2013), une nouvelle campagne de travaux est confiée par la direction régionale des affaires culturelles (conservation régionale des monuments historiques) au groupement de facteurs d'orgue Bertrand Cattiaux et Pascal Quoirin, sous la maîtrise d’œuvre d’Eric Brottier entre 2012 et 2014.

Les travaux sont réalisés en deux tranches.

  • La première concerne d’une part, la reprise générale de l’électronique et de l’informatique avec un système plus adapté à l’entretien et aux évolutions techniques, la création d’une nouvelle console (en remplacement des claviers déposés en conservation pour garder la mémoire des claviers tenus par Pierre Cochereau), l'extension de la petite pédale qui devient à part entière un nouveau plan sonore dit de résonance jouable également sur n’importe lequel des cinq claviers manuels.
  • La seconde, plus conséquente, inclut notamment le dépoussiérage de l’ensemble de la tuyauterie de métal et de la majeure partie des tuyaux de bois, l'adjonction de tuyauterie supplémentaire sur le sommier de « petite pédale » complété. Elle inclut également la modernisation du tirage des jeux par mise en place d’une motorisation des registres par vérins pneumatiques haute pression et le débranchement des machines pneumatiques de tirages des notes de Cavaillé-Coll conservées en place. La consolidation des tuyaux de façade de Cavaillé-Coll, biens précieux entre tous par leur histoire, est également réalisée à cette occasion. L’harmonisation générale a duré plusieurs mois souvent de nuit. Dans la salle des organistes de la tour Sud sont mis en valeur l’ancien buffet de positif de Clicquot, déposé du temps de Cavaillé-Coll et l’ancienne console de Cavaillé-Coll déposée du temps de Pierre Cochereau.

Le 20 septembre 2014, l’orgue est inauguré en présence d’un public nombreux et attentif aux explications données par le maître d’œuvre, les facteurs d’orgue et les organistes titulaires heureux de présenter cet orgue constitué désormais de 115 jeux et 7952 tuyaux répartis sur 5 claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes.

 

Les effets de l’incendie du 15 avril 2019

Dès les premiers jours (23 avril), un constat d’état a été établi à la demande de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France (conservation régionale des monuments historiques) alors maître d’ouvrage.

Le grand orgue dit orgue de tribune est classé au titre des monuments historiques.

Si l’intérêt d’art et d’histoire du buffet du XVIIIe siècle a été reconnu dès 1905, la partie instrumentale a été classée en 1982 pour les éléments Clicquot (positif de dos déposé, jeux de fonds et d’anches) et l’instrument de Cavaillé-Coll. En 1991 est classée spécifiquement l’ancienne console de cinq claviers conçue en 1865 par Cavaillé-Coll, la console dite de Louis Vierne.

Consultez les notices Palissy de l’orgue de tribune de Notre-Dame de Paris sur la plateforme ouverte du patrimoine (Pop)

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