L’un des enjeux majeurs de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris au XIXe siècle était la restitution de la flèche, démantelée entre 1786 et 1792. Retour sur trois étapes clés du projet général de restauration mené par l’architecte, Viollet-le-Duc.

29 octobre 1857 -> Viollet-le-Duc reçoit l’approbation du nouveau projet pour la flèche

Échafaudages autour de la flèche en construction, 1859

Échafaudages autour de la flèche en construction, 1859
Bisson frères (actifs entre 1852 et 1863)
40 x 28,5 cm
MAP - Fonds CMH 0084/075
© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine / ministère de la Culture

Au sortir de la Révolution, la cathédrale Notre-Dame de Paris était en piteux état. Le concours pour sa restauration, lancé en 1842, est remporté en 1844 par Jean-Baptiste Lassus (1807-1857) et Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879).

Le projet de restitution de la flèche, démontée entre 1792 et 1797 du fait de son mauvais état, s’appuyait sur une parfaite connaissance des dispositions existantes de la souche tronquée encore en place et des archives et représentations anciennes. Le 29 octobre 1857, Viollet-le-Duc, seul architecte du chantier depuis la mort de Jean-Baptiste Lassus, termine le dessin du nouveau projet de flèche.

Les travaux sont confiés à des entreprises hautement qualifiées, parmi lesquelles le charpentier Auguste Bellu, la fonderie Durand puis la société Monduit pour les ouvrages de plomberie et de cuivrerie et Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume, chef de l’équipe des sculpteurs.

9 septembre 1859 -> achèvement de la couronne de la flèche

La flèche vue depuis les tours de la cathédrale, 1861

La flèche vue depuis les tours de la cathédrale, 1861
Charles Bossu dit Charles Marville (1813-1879)
50,2 x 36,6 cm
MAP - Inv. PH102324/fonds MMF 0084/075
© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine / ministère de la Culture

La flèche est reconstruite en dix-huit mois. Viollet-le-Duc en fait une description complète dans l’article « Flèche » dans le tome 5 du Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle paru de 1854 à 1868 (p. 445-461).

Vous pouvez consulter en ligne les 10 tomes du Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle : numérisation sur le site de la bibliothèque numérique de Lyon – NUMELYO accessible par Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France et de ses partenaires. 

Culminant à 96 mètres, elle était agrémentée d’un étagement de seize statues en cuivre accroissant l’effet d’élancement. La flèche elle-même était composée d’une souche octogonale percée de quadrilobes, aux arêtes ornées de crochets, d’un premier étage à claire-voie, d’un second étage formé de huit baies couronnées de gables très élancés et enfin de l’aiguille elle-même surmontée par un coq. L’ensemble était orné de chimères ailées, de rapaces, de motifs floraux, de perles. L’ouvrage était intégralement en plomb, excepté les statues en cuivre.

23 mars 1861 -> début de l’installation des statues des symboles des apôtres

La souche de la flèche et les statues, 1861
La souche de la flèche et les statues, 1861
Charles Bossu dit Charles Marville (1813-1879)
48,6 x 39,3 cm
MAP - Inv. PH099376/fonds CMH 0084/075
© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine / ministère de la Culture

Aucune mention n'étant faite auparavant, c'est vraisemblablement à cette date que commence une nouvelle opération : l'installation des seize statues représentant les symboles des apôtres. « On monte de nouvelles figures en cuivre sur les gradins qui décorent les grandes contrefiches de la flèche placées dans les noues du grand comble (saint Barthélemy et trois figures évangéliques) », note l’inspecteur des travaux de Viollet-le-Duc, le 23 mars 1861.

La mise en place se poursuit, notamment le 9 avril et le 12 juin 1861 où est relevée « la montée de deux nouvelles figures d'apôtres ». Pendant ce temps, l'installation de la plomberie d'ornement des contrefiches qui supportent les figures se poursuit.

 

Chronologie de la construction de la flèche

Projet de flèche centrale

Projet de flèche centrale
Viollet-Le-Duc Eugène-Emmanuel (1814-1879)
© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine / ministère de la Culture

29 octobre 1857 : Dessin du nouveau projet de flèche par Viollet-le-Duc, seul architecte du chantier depuis la mort de Jean-Baptiste Lassus le 15 juillet 1857
8 mars 1858 : Approbation du projet.
1er septembre 1858 : Pose du plancher au-dessus de la croisée du transept pour construire la flèche.
14 février 1859 : Début du montage de la charpente.
16 mai 1859 : Cérémonie de pose du drapeau à la pointe de la charpente de la flèche.
9 septembre 1859 : Achèvement des plombs de la couronne à la pointe de la flèche. Pose de la descente du paratonnerre.
15 septembre 1859 : Début de la dépose de l'échafaudage. Les travaux de plomberie se poursuivent sur le reste de la flèche.
1860 : Raccordement des charpentes de la nef et du transept avec celle de la flèche. Mise en place du revêtement de plomb.
23 mars 1861 : « On monte de nouvelles figures en cuivre sur les gradins qui décorent les grandes contrefiches de la flèche placées dans les noues du grand comble (saint Barthélemy et trois figures évangéliques) » (rien n'est dit d'éventuelles précédentes mises en place de figures).
9 avril 1861 : Mise en place d'une « nouvelle figure » non précisée. On poursuit la plomberie d'ornement des contrefiches qui supportent les figures.
12 juin 1861 : On monte deux « nouvelles figures d'apôtres ».

Source : Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, journal quotidien des travaux effectués à la cathédrale Notre-Dame de Paris, de 1844 à 1865, sous la direction d’Eugène Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste Lassus

 

Les statues à la souche de la flèche

Statue de l’ange de saint Matthieu et Statue de l’aigle de saint Jean

Statue de l’ange de saint Matthieu et Statue de l’aigle de saint Jean
Monduit d’après le dessin d’Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume

Cuivre repoussé
Hauteur maximum : 2,10 m ; largeur maximum : 0,60 m ; base : 0,40 x 0,40 m ; largeur au niveau des ailes : 0,90 m ; poids : environ 75 kg
Hauteur maximum : 2 m ; largeur et profondeur : 0,80 x 0,80 m ; poids : environ 75 kg

Déposées le 11 avril 2019 de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Les symboles des Évangélistes étaient placés en partie inférieure de la base de la flèche. Saint Matthieu se situait au nord-est. Représenté par un ange, il tient comme les trois autres évangélistes (saint Marc, saint Luc et saint Jean) un livre fermé représentant l’Évangile dont il est l’auteur. Chacun de ces livres a une ornementation unique. Les statues sont faites à partir d’un modèle en plâtre. Un moule en était tiré dans lequel était coulé un modèle en fonte, sur lequel étaient repoussées les feuilles de cuivre. L’enveloppe de cuivre est soudée ou rivetée sur une armature métallique en fer qui forme une sorte de squelette et rigidifie l’enveloppe creuse. Les socles sur lesquels étaient posées les statues étaient l’émergence de poteaux bois verticaux de la charpente recouverts de plomb. Les statues étaient boulonnées en pied.

L’apôtre saint Jean est représenté par le symbole de l’aigle, placé au sud-est. Il tient dans ses serres le livre, symbole de l’Évangile.

Tête de l’architecte Viollet-le-Duc représenté en saint Thomas

Tête de l’architecte Viollet-le-Duc représenté en saint Thomas
Monduit d’après le dessin d’Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume

Cuivre repoussé
Hauteur maximum : 56 cm ; largeur maximum : 45 cm ; poids : environ 2 kg
Déposée le 11 avril 2019 de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Saint Thomas, placé au sud-est, en partie supérieure de la base de la flèche, appartient à la série des douze apôtres échelonnées sur trois niveaux au-dessus des évangélistes. Ils sont représentés dans de larges vêtements drapés et dans des positions plutôt statiques, excepté saint Jude et saint Thomas, vêtus d’une sorte d’aube resserrée à la taille plus adaptée au mouvement souhaité.

Le sculpteur Geoffroy-Dechaume a porté toute son attention aux visages et aux draperies, individualisant les corps créés en série et attentif aux différents angles d’approche (le square, la rue, les entrées de la cathédrale).

Chaque statue présente un attribut de grande taille afin de les identifier depuis le sol. Saint Thomas, patron des architectes et maçons, est ici représenté sous les traits de Viollet-le-Duc, comme le prouve sans équivoque les comparaisons avec les autres portraits connus. C’est le seul qui est tourné vers la flèche et porte sa main au front comme pour surveiller son œuvre. Dans sa main droite, il tient une règle de maçon portant son nom.

Coq de la flèche avec son axe de rotation d’origine

Coq de la flèche avec son axe de rotation d’origine
Monduit d’après le dessin d’Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume

cuivre repoussé et doré
Hauteur maximum : 73 cm ; largeur (ailes) : 90 cm ; épaisseur : 30 cm ; poids : environ 10 kg
Déposé le 11 avril 2019 de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Le coq culminait à plus de 96 mètres au-dessus de la cathédrale. Il couronnait la croix mise en place le 22 juin 1859 en présence de Viollet-le-Duc. Il a été retrouvé le lendemain de l’incendie, le 16 avril 2019, par Philippe Villeneuve, architecte en chef des Monuments historiques sur le côté nord du chemin de ronde de la nef. Il est présenté avec les déformations subies alors. Les traces de la dorure d’origine sont nettement visibles. Les reliques qu’ils renfermaient (saint Denis, sainte Geneviève et un élément de la couronne d’épines) et replacées en 1935 par le cardinal Verdier, archevêque de Paris ont été préservées et retirées ; elles sont à la garde du clergé affectataire.