Au-delà des images spectaculaires qui ont fait le tour du monde et des témoignages de la foule massée au pied de la cathédrale, nous revenons, dans ce chapitre, vers ceux qui ont vécu de l’intérieur le dramatique incendie : les sapeurs-pompiers et les agents du ministère de la Culture.

Leurs récits mettent en lumière la stratégie des pompiers, le processus de prise de décision, leur regard sur les actions menées et surtout les risques pris, du fait de la rapidité de la propagation du feu, pour éviter l’effondrement de la cathédrale. Côté ministère de la Culture, la chaîne humaine consacrée à l’évacuation des œuvres d’art et du trésor de la cathédrale, l’immense chantier de stabilisation mené dans des conditions extra-ordinaires, permettent de voir les agents et les métiers à l’œuvre.

Du côté des pompiers, « La part du feu »

Sacrifier une zone pour ne pas tout perdre, c’est ce qu’on appelle dans la doctrine des pompiers : la « part du feu ». Au sein de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), on découvre l’organisation de la chaîne de commandement sous la direction du général Jean-Claude Gallet, commandant de la BSPP. Son adjoint, le général Jean-Marie Gontier, commandant des opérations de secours, fait le « tour du feu » à plusieurs reprises dans la soirée. Le plan de la cathédrale Notre-Dame est divisé en quatre secteurs.

Le dispositif de secours mobilise plus de 400 pompiers, qui se relaient notamment sur des nacelles, en haut des dix-huit bras élévateurs articulés (BEA) venus des casernes parisiennes et des services départementaux d’incendie et de secours. Plusieurs groupes spécialisés sont engagés : section recherche et sauvetage en milieu urbain, groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux, spécialistes en exploration de longue durée et la brigade de sauvegarde du patrimoine culturel. Les moyens hydrauliques sont renforcés par la présence d’une vedette d’intervention sur la Seine et deux engins-pompe.

Le feu se propage rapidement de part et d’autre de la flèche qui s’effondre vers 19h50. Le feu est alors combattu à l’intérieur de la cathédrale avec l’aide du robot d’extinction (REX) « colossus ». Les pompiers des casernes proches de la cathédrale connaissaient les lieux pour y avoir mené des exercices avec des agents du ministère de la Culture.

21h30. Le risque se concentre sur la tour Nord, et sur son beffroi de charpente qui porte les huit cloches fondues en 2013. Présent sur site, le lieutenant-colonel José Vaz de Matos, détaché auprès du ministère de la Culture, alerte sur le risque d’effet « château de cartes ». Le plan d’action présenté par le général Gallet au président de la République et à la préfecture de police est accepté. Les moyens sont alors renforcés en haut des tours pour augmenter le rideau d'eau, et éteindre le feu qui a pris dans le beffroi nord.

Malgré le vent défavorable, l’extension du feu est combattue. Les lances à eau à très haut débit sont dirigées au-dessus des roses et des murs de la nef pour préserver l’édifice. Les gargouilles montrent leur efficacité en expulsant l’eau loin des murs. A l’intérieur, les jets des lances qui éteignent le brasier à la croisée du transept évitent autant que possible d’atteindre les stalles du chœur.

22 heures : « Elle est sauvée » dira simplement le général Gontier au général Gallet.

L’évacuation des œuvres des chapelles de la nef se poursuit. Le Commandement des opérations de secours COS autorise les agents du ministère de la Culture à pénétrer dans le trésor (renvoi vers la page Mise à l’abri). Les pompiers resteront sur place les jours suivants pour sécuriser les accès, et permettre aux architectes et entreprises de mener à bien les premières opérations de stabilisation.

L'incendie vue du côté de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris

Sur le site Internet édité par l’Association pour le développement des oeuvres sociales des sapeurs-pompiers de Paris, on peut lire le témoignage du lieutenant Laurent Clergeau, dessinateur opérationnel (DO). Il a fourni toute la soirée des renseignements précieux pour les commandants des opérations de secours.

Le tableau blanc mis à sa disposition évolue au fur et à mesure de la soirée. « Ses croquis, exécutés dans l'urgence, permettent néanmoins de visualiser en volume le bâtiment, ses accès, ainsi que le positionnement des engins et des lances». Il échange sur site avec René Dosne, un ancien sapeur-pompier considéré comme « le père fondateur de cette discipline ». « Mon ressenti reste que l’intervention, qui s’est poursuivie toute la nuit, s’est déroulée très rapidement ; la notion de temps est tronquée, on pense être sur les lieux depuis 30 minutes mais cela fait déjà 2h00 ». « On n’éteint pas les incendies avec des crayons mais on contribue à la compréhension du sinistre, qui sera bénéfique au Commandement des opérations de secours (COS). Ses schémas plus aboutis sont intégrés au retour d’expérience (RETEX) du 24 avril 2019.

Le même magazine en ligne donne la parole au Père Fournier, aumônier principal à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Après un point de site sur le parvis, il part avec un groupe de pompiers pour récupérer les reliques de la cathédrale « et le Saint Sacrement ». Après une prise de contact avec les personnels de Notre-Dame et les agents du ministère de la Culture, il entre dans l’édifice par le sud de l’édifice. Il découvre avec surprise et stupeur l’environnement : peu de fumées, pas de chaleur et les lances qui arrosent le tas constitué par les bois de la charpente effondrée. Avec un adjudant-chef et une dizaine de sapeurs, ils décrochent les tableaux transportables. Ils constituent une « noria », rotation sans fin pour sortir les œuvres accessibles. Elles sont mises à l’abri à proximité de la cathédrale sous la protection des agents de la préfecture de Police de Paris, avant de rejoindre l’Hôtel de Ville de Paris pour une nuit en sûreté.

#Intervention #NotreDame - Feu à Notre-Dame de Paris

1 minute 30 de vidéo, sur la chaîne des pompiers de Paris, présente le regard des brigades sur le combat de la nuit. Ces images spectaculaires, qui se passent de commentaires, ont été vues depuis leur mise en ligne le 16 avril 2019, plus de 130 000 fois.

Après plus de 9 heures de combats acharnés, près de 400 pompiers de Paris sont venus à bout de l’effroyable l’incendie. Deux policiers et un sapeur-pompier ont été légèrement blessés.

Consultez le récit en images des Pompiers de Paris du 16 avril 2019 :

La bataille de Notre-Dame

Le 14 décembre 2019, sur TF1, Grands reportages présentait La bataille de Notre-Dame, un documentaire d’Émilie Lançon et David Pujadas (Particules production). Les images inédites filmées de l’intérieur par les pompiers ont été suivies par 4.2 millions de personnes, une audience record pour cette case.

Le documentaire de 60 minutes compile images des pompiers de Paris et images d’amateurs. Il fait revivre minute par minute le combat mené par les acteurs de la bataille pour sauver des flammes le monument historique.

A (re) voir sur MyTF1.fr.

Du côté du ministère de la Culture

Notre-Dame de Paris – L’intervention des pompiers

Le 3 mai 2019, dans le cadre de la réunion informelle des ministres de l'Union européenne en charge de la Culture et des Affaires européennes, découvrez le film introductif sur l'incendie de #NotreDamedeParis sur la chaîne du ministère de la Culture : 

Les jours d'après

En octobre 2019, le ministère de la Culture donne la parole aux personnes qui œuvrent au quotidien à la sauvegarde, la stabilisation, la conservation et la restauration de Notre-Dame de Paris : architectes, ingénieurs, conservateurs, représentants du clergé, entreprises… Découvrez les mesures et actions accomplies le soir-même et les jours d’après en faveur de la sauvegarde du monument et de ses œuvres d’art.

Production du ministère de la Culture / Octobre 2019 : 5mn22

De Notre-Dame des douleurs à Notre-Dame de l’espérance

Le 15 octobre 2019, lors de la journée technique nationale du collège des Monuments historiques, dans la nef de la basilique Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le conservateur des monuments historiques, l’ingénieur des services culturels et l’architecte en chef des monuments historiques chargés de la cathédrale racontent, de leur point de vue partiel et personnel, ce qu’ils ont vécu lors de la nuit du 15 avril 2019 et les semaines qui ont suivi.

Consulter leur récit dans le dossier #75 de La Pierre d’angle, magazine désormais en ligne de l’Association nationale des architectes des Bâtiments de France.

Notre-Dame, huit mois après : comment le plan d’urgence permet-il la résilience ?

Le 29 janvier 2020, le conservateur régional des monuments historiques revient sur l’événement, ses conséquences et les procédures mises en œuvre lors du colloque Rebondir après le drame : patrimoines et résilience. Celui-ci a été organisé par Bouclier bleu France, relais depuis 2001 du Blue Shield International qui se consacre à la protection du patrimoine en temps de crise.

Consulter le programme de la journée 29 janvier 2020 à l’auditorium de l’Institut national du patrimoine avec le soutien de la Direction générale des patrimoines (département des Affaires européennes et internationales)

Pour (re) découvrir d’autres témoignages et récits

15 avril 2019, Notre-Dame s'enflamme, les Parisiens pleurent

 

L’Institut national de l’audiovisuel a mis en ligne le 10 avril 2020 un dossier thématique : témoignages des touristes et parisiens qui assistent à l’incendie, florilège des interventions en direct. À écouter, l’interview téléphonique de Jean-Claude Gallet, commandant de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

Des collectes de toutes les émissions et sujets sur Notre-Dame sont également accessibles sur les portails de Radio France et de France Télévisions. Les émissions des premiers jours laissent la part belle aux témoignages des personnes présentes dans la foule énorme qui se masse au pied de la cathédrale.

Radio France​

France Télévisions

La chaîne franco-allemande Arte TV met à disposition ses longs formats ou ses magazines sur le mot-clé « Notre-Dame de Paris » : tels que des tweets et des hommes, Le jour d’après ou l’église de toute une Nation. Plusieurs visites de chantier et débats sont proposés.