Un an après l'incendie de Notre-Dame de Paris, le ministère de la Culture est allé à la rencontre des acteurs de la restauration de l’édifice. Aujourd’hui, le portrait d’Yves Macel, charpentier.

Du plus loin qu’il se souvienne, le bois a toujours été sa passion. « Quand j’étais gamin, raconte-t-il, je voulais absolument travailler le bois ». Devenu charpentier après trois ans d’études et d’apprentissage à Verdun, Yves Macel se fait embaucher, muni de son CAP, chez Le Bras Frères, une entreprise familiale spécialisée, depuis 1954, dans les charpentes et les toitures en bois. Trente-trois ans après, il y est toujours. Une fidélité qui ne doit rien au hasard.  

Son autre passion, ce sont les monuments historiques. Tout au long de sa carrière, il prend conscience, « admiratif », la richesse exceptionnelle du patrimoine français. Mieux : l'exercice de son art l'amène à étudier, à comprendre, les secrets de fabrication du Panthéon, des cathédrales de Reims, de Strasbourg et d’Amiens, ou du Parlement de Bretagne, ces chefs d’œuvre où il est intervenu. Il se souvient aussi « avec fierté » du travail accompli au château de Malbrouck, un édifice en ruines devenu aujourd’hui l’un des joyaux de l’architecture médiévale en Lorraine.

Notre-Dame de Paris, la consécration

Quand Le Bras Frères remporte trois lots de l’appel d’offres du chantier de rénovation de Notre-Dame (la flèche de Viollet-le-Duc, la charpente médiévale, les couvertures), Yves Macel a le sentiment qu'il s'agit de la « consécration » de sa carrière. « Il n’y a pas de mots pour décrire ce que nous ressentions, dit-il. Nous nous apprêtions à démonter les couvertures en plomb et changer certaines pièces de bois de la charpente », la fameuse « forêt », conçue sous Saint-Louis. On connaît la suite : répétée soigneusement durant des mois, la restauration tant espérée ne pourra jamais débuter.

Parfois sur une charpente, on trouve de vieilles empreintes, une mortaise, un clou, une cheville, et l’on se demande pourquoi ils ont fait comme ça. Et on finit par trouver !

Il n’empêche… Il décrit aujourd’hui son rôle comme un véritable travail d’orfèvre, un travail sur-mesure. « Nous devions intervenir en hauteur et faire ce que nous appelons dans notre jargon des « greffes », c’est-à-dire des apports de bois neuf assemblés sur du bois ancien détérioré. Le but étant de garder le maximum de bois ancien », détaille-t-il, en retrouvant, dans ces gestes, une filiation directe avec ses lointains prédécesseurs du Moyen Age.

« Nous n’avons rien inventé, assure-t-il. Tout ce que nous faisons a déjà été fait. Sur un monument historique, si vous démontez un assemblage, le but est de le refaire à l’identique. Parfois sur une charpente, on trouve de vieilles empreintes, une mortaise, un clou, une cheville et l’on se demande pourquoi ils ont fait comme ça. Et on finit par trouver ! »

20200116-denisallard_notredame-13_2.png Yves Macel © Ministère de la Culture / Denis Allard

De la sécurisation à la restauration

Aujourd’hui, Yves Macel et ses collègues interviennent sur la phase de sauvegarde et de sécurisation de l’édifice. Leur savoir-faire est trop précieux pour l’on puisse s’en passer. C’est ainsi qu’ils ont participé à l’installation de vingt-huit cintres en bois qui soutiennent les arcs-boutants – l’une des opérations les plus spectaculaires de ces derniers mois – mais aussi à la réalisation de coffrages pour consolider les pignons ou à la pose de planchers pour bâcher et protéger la cathédrale. Un travail impressionnant qui va permettre de consolider définitivement la cathédrale.

Sous quelle forme reconstruire la future charpente ? La question est aujourd'hui sur toutes les lèvres. Sans doute, Yves Macel a-t-il, en tant que professionnel, un avis sur la question. Pour lui, en tout cas, ce n’est pas une question de compétences – « en l’état actuel des connaissances, nous sommes tout à fait capables de la refaire à l’identique » –  mais bien plutôt un vrai choix de société. S'il ne peut préjuger du parti qui sera suivi par les autorités, il est certain d’une chose : Notre-Dame de Paris gardera, quoi qu’il arrive, sa « majesté» et son « mystère».